INTERVIEW | Dr Abdou Djamiou Adamou Sylla : « Chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, le paludisme peut devenir grave en moins de 24 heures » - Baraka News
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INTERVIEW | Dr Abdou Djamiou Adamou Sylla : « Chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, le paludisme peut devenir grave en moins de 24 heures »

INTERVIEW | Dr Abdou Djamiou Adamou Sylla : « Chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, le paludisme peut devenir grave en moins de 24 heures »

En pleine saison des pluies, le risque de paludisme augmente considérablement au Bénin. Entre la prolifération des moustiques et les comportements à risque, cette maladie continue d’être la première cause de consultation et d’hospitalisation dans les centres de santé. Dans cet entretien accordé à Baraka News, le médecin Dr Abdou Djamiou Adamou Sylla explique les raisons de cette recrudescence, les erreurs les plus fréquentes des populations et les gestes indispensables pour protéger sa famille.

Baraka News : Pourquoi le paludisme connaît-il une recrudescence pendant la saison des pluies ?

Dr Abdou Djamiou Adamou Sylla : La saison des pluies constitue une période critique pour la santé publique. L’augmentation des cas de paludisme est directement liée au cycle de vie du moustique Anophèle, qui transmet la maladie. Les pluies favorisent la multiplication des gîtes larvaires. Chaque trou, récipient abandonné, pneu usagé ou flaque d’eau devient un lieu où les moustiques pondent leurs œufs. L’humidité et les températures de cette période accélèrent ensuite le développement des larves et prolongent la durée de vie des moustiques adultes, augmentant ainsi les risques de transmission du parasite Plasmodium falciparum.

Quelles sont les mesures essentielles pour protéger sa famille ?

La prévention repose sur deux principes simples : éviter les piqûres de moustiques et supprimer leurs lieux de reproduction. Il est indispensable de dormir chaque nuit sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide, correctement installée et utilisée tout au long de l’année. Il faut également éliminer les eaux stagnantes autour des habitations, retourner les récipients inutilisés, se débarrasser des vieux pneus et entretenir régulièrement les cours en désherbant les alentours. J’encourage aussi les ménages à installer des grillages moustiquaires aux fenêtres et à fermer portes et fenêtres avant la tombée de la nuit.

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez chez les patients ?

La première est l’automédication. Beaucoup prennent des médicaments dès l’apparition de la fièvre sans effectuer un test de diagnostic. Cette pratique retarde une prise en charge adaptée et favorise la résistance du parasite aux traitements. Une autre erreur consiste à utiliser la moustiquaire de façon irrégulière, uniquement pour les enfants ou seulement lorsque les moustiques deviennent nombreux. Beaucoup négligent également les petites collections d’eau, alors qu’un simple bouchon rempli d’eau peut suffire à produire des dizaines de moustiques. Enfin, certaines personnes attendent plusieurs jours avant de consulter, ce qui augmente considérablement le risque de complications.

Quels sont les premiers signes qui doivent conduire à consulter un professionnel de santé ?

Les premiers symptômes sont généralement une fièvre brutale, des maux de tête, des courbatures, des frissons, des sueurs, des nausées ou une perte d’appétit. Dès leur apparition, il est recommandé de consulter un centre de santé pour réaliser un Test de Diagnostic Rapide (TDR).

Il existe également des signes de gravité qui nécessitent une prise en charge urgente : les convulsions, la perte de connaissance, les vomissements répétés, les urines foncées, une pâleur importante, une respiration rapide ou encore le refus de manger ou de téter chez le jeune enfant.

Les enfants et les femmes enceintes sont-ils davantage exposés ?

Absolument. Chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes, le paludisme peut évoluer très rapidement. Une forme simple peut devenir une forme grave en moins de 24 heures. C’est pourquoi toute fièvre chez ces personnes doit être considérée comme une urgence médicale et faire l’objet d’un test avant tout traitement.

Quel message souhaitez-vous adresser aux populations en cette saison des pluies ?

« Le paludisme n’est pas une fatalité, c’est un combat quotidien qui commence dans notre propre cour. » En cette saison des pluies, protégeons les plus vulnérables : les enfants et les femmes enceintes. Évitons les eaux stagnantes autour de nos maisons, dormons sous moustiquaire chaque nuit et n’attendons jamais devant une fièvre. Un diagnostic précoce sauve des vies. Prendre soin de son environnement, c’est aussi protéger sa santé et celle de toute la communauté.