La drépanocytose continue de faire des ravages silencieux dans de nombreuses familles. Si les progrès de la médecine permettent aujourd’hui une meilleure prise en charge des personnes atteintes, la prévention demeure le moyen le plus efficace pour réduire la naissance d’enfants drépanocytaires. Dans cette lutte, tous les acteurs de la société ont un rôle à jouer, y compris les leaders religieux.
Au Bénin comme dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne, la drépanocytose constitue un véritable enjeu de santé publique. Les crises douloureuses, les hospitalisations répétées, les complications médicales, le poids psychologique et les charges financières qu’elle impose aux familles rappellent chaque jour l’ampleur du défi.
Conscient de cette réalité, le gouvernement, à travers le ministère de la Santé et avec l’appui de plusieurs partenaires techniques et financiers, multiplie les campagnes de sensibilisation, les actions de dépistage et les initiatives en faveur de la prise en charge des personnes vivant avec cette maladie. Malgré ces efforts, les nouvelles naissances d’enfants drépanocytaires restent préoccupantes.
Cette situation invite à réfléchir à de nouvelles approches de prévention. Parmi elles, l’implication plus active des responsables religieux pourrait constituer un levier important.
Dans la plupart des confessions religieuses, le mariage est précédé d’un accompagnement spirituel et de plusieurs formalités. Pourquoi ne pas intégrer systématiquement l’électrophorèse de l’hémoglobine parmi les documents exigés avant la célébration religieuse ?
Une telle mesure ne viserait pas à interdire des unions ni à discriminer des personnes porteuses du trait drépanocytaire. Elle permettrait avant tout d’informer les futurs époux sur leur statut génétique afin qu’ils prennent des décisions éclairées et responsables concernant leur projet de famille.
Lorsque deux personnes connaissent leur profil électrophorétique avant le mariage, elles disposent des informations nécessaires pour bénéficier d’un conseil génétique, comprendre les risques de transmission de la maladie à leurs enfants et envisager les options qui s’offrent à elles. La prévention commence par la connaissance.
Les leaders religieux jouissent d’une forte crédibilité auprès des populations. Leurs messages influencent les comportements, les habitudes et les décisions de milliers de fidèles. En devenant des relais de sensibilisation contre la drépanocytose, ils contribueraient efficacement à renforcer les actions déjà entreprises par les autorités sanitaires.
La lutte contre la drépanocytose ne doit pas reposer uniquement sur les professionnels de santé. Les familles, les établissements scolaires, les médias, les organisations de la société civile, les collectivités locales et les communautés religieuses doivent également prendre leur part de responsabilité.
Faire de l’électrophorèse une étape incontournable de la préparation au mariage religieux pourrait ainsi constituer un puissant outil de prévention. L’objectif n’est pas d’imposer une contrainte supplémentaire aux couples, mais de protéger les générations futures et de réduire progressivement le nombre de naissances d’enfants atteints.
Face à un défi de santé publique d’une telle ampleur, chaque espace de sensibilisation compte. Si la prévention devient une responsabilité collective, alors il est permis d’espérer un recul significatif de la drépanocytose dans les années à venir.



