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Recherche forestière et coopération scientifique : Le projet ARES-GDFC officiellement lancé à Parakou

Recherche forestière et coopération scientifique : Le projet ARES-GDFC officiellement lancé à Parakou

La ville de Parakou accueille depuis ce 13 mai 2026 l’important atelier scientifique consacré aux défis de la recherche forestière au Bénin. Chercheurs, universitaires, doctorants et partenaires techniques réfléchissent ensemble aux mécanismes de gestion durable des forêts claires à Isoberlinia dans un contexte marqué par les réformes du secteur forestier et les changements climatiques.

C’est dans un hôtel de la place que s’est ouvert l’atelier de communication envers les parties prenantes du projet ARES-GDFC Bénin, placé sous le thème : « Défis de la Recherche Scientifique à l’ère des réformes dans le secteur forestier au Bénin ».

Porté par l’Université de Parakou en partenariat avec l’Université de Liège, l’Université Catholique de Louvain, l’ERAIFT et la Direction Générale des Eaux, Forêts et Chasse du Bénin, le projet ambitionne de développer des outils scientifiques pour la conservation et la gestion durable des forêts claires à Isoberlinia dans les zones soudaniennes et soudano-guinéennes du Bénin.

Dans son allocution de bienvenue, Dr Emeline Assédé a rappelé l’importance écologique et socioéconomique de ces écosystèmes forestiers. Selon elle, les travaux engagés sont « indispensables à la gestion durable des forêts claires à Isoberlinia », des formations végétales essentielles aussi bien pour les populations locales que pour « la mitigation des effets des changements climatiques ».

Il faut remarquer que l’atelier intervient dans un contexte où les ressources forestières béninoises subissent une forte pression anthropique liée notamment à l’expansion agricole, à l’exploitation du bois-énergie, aux feux de végétation et à l’urbanisation croissante. Cette situation entraîne une régression du couvert forestier et une dégradation progressive de la biodiversité.

Le document de référence de l’atelier souligne d’ailleurs que malgré les avancées scientifiques enregistrées ces dernières années, « l’intégration effective des résultats de la recherche dans les processus de prise de décision publique demeure limitée ».

Une coopération Nord-Sud saluée

Représentant l’équipe belge du projet, Dr Raoul Sambieni a exprimé son émotion de revenir dans son université formateur. Le scientifique a salué une collaboration académique qu’il considère comme l’illustration du dynamisme de la coopération scientifique entre le Nord et le Sud. Transmettant les salutations du coordonnateur nord du projet, le Professeur Jean-François Bastin, il a mis en avant les résultats déjà obtenus après près de trois années de mise en œuvre.

« Ce projet est la concrétisation des collaborations Nord-Sud et également Sud-Nord », a-t-il affirmé, estimant que cette initiative contribue au rayonnement scientifique de l’Université de Parakou.

Selon les responsables du projet, quatre thèses doctorales sont actuellement en cours autour des enjeux liés aux forêts claires à Isoberlinia. Les recherches portent notamment sur l’écologie du paysage, la télédétection, la contribution socio-économique des essences forestières, les techniques sylvicoles adaptées ainsi que la valorisation énergétique du bois.

Intelligence artificielle, drones et gouvernance forestière au menu

Durant trois jours, les participants suivront plusieurs communications scientifiques et sessions pratiques. Les travaux aborderont entre autres les réformes dans le secteur forestier béninois, l’interface science-politique dans la gestion des ressources forestières ainsi que la gestion forestière en Afrique centrale, notamment en République démocratique du Congo.

L’atelier prévoit également une formation sur l’utilisation éthique de l’intelligence artificielle dans la recherche scientifique, ainsi qu’une initiation à l’usage des drones pour le suivi du couvert forestier.

Les étudiants participants seront initiés à la cartographie forestière, à l’analyse d’orthomosaïques et aux techniques de télédétection à l’aide de drones. Une approche qui traduit l’évolution technologique des métiers liés à la gestion forestière.

La cérémonie a aussi été marquée par l’allocution du Professeur Zinsou, Doyen de la Faculté d’Agronomie de l’Université de Parakou et représentant du Recteur. Dans son adresse, il a brossé un tableau sans complaisance du contexte forestier béninois, rappelant que les écosystèmes du pays subissent « une forte pression anthropique résultant principalement de l’expansion agricole, de l’exploitation du bois énergie, des feux de végétation et de l’urbanisation croissante. » Des dynamiques qui ont conduit, selon lui, à « une régression assez significative du couvert forestier, une fragmentation accrue des habitats et une érosion progressive de la biodiversité. »

Au-delà du constat écologique, le Doyen a pointé un verrou structurel majeur à savoir le fossé persistant entre la production scientifique et l’action politique. « L’intégration des résultats de la recherche dans les processus de prise de décision publique demeure limitée », a-t-il reconnu, plaidant pour « une coproduction des connaissances intégrant savoirs scientifiques et savoirs locaux » et pour « une prise de décision adaptative, transparente et fondée sur l’évidence scientifique. »

À travers ce projet, les partenaires espèrent renforcer l’interface entre science et décision publique afin de favoriser une gestion forestière davantage fondée sur des données scientifiques probantes et adaptées aux réalités environnementales du Bénin.

Les travaux se poursuivront jusqu’au vendredi 15 mai avec, au programme : les présentations détaillées des quatre doctorants, une formation à l’usage éthique de l’intelligence artificielle dans la recherche, une initiation au pilotage de drone pour le suivi du couvert forestier, avec sortie terrain à la forêt de N’Dali et une session de brainstorming sur les orientations futures du projet.