Gaani à Nikki : Gaston Yamaro plaide pour une véritable place aux artistes et professionnels du septentrion
À l’approche de la Gaani, le plaidoyer de Gaston Yamaro dépasse la seule question de l’organisation de la fête. Le communicant et acteur culturel appelle à préserver l’authenticité de la célébration tout en veillant à ce que les artistes, animateurs, présentateurs et maîtres de cérémonie du septentrion soient pleinement associés à l’événement.
La Gaani change d’échelle. Désormais portée à un niveau institutionnel par le gouvernement, la célébration traditionnelle de Nikki bénéficie d’une attention et d’une visibilité qui imposent, selon Gaston Yamaro, une organisation à la hauteur de son importance culturelle. Mais cette nouvelle dimension ne devrait pas, à ses yeux, se traduire par une marginalisation de ceux qui ont contribué pendant des années à faire vivre et connaître la Gaani.
Dans une récente interview accordée à Daabaaru, le communicant a notamment insisté sur la nécessité de préserver les fondamentaux de la fête : sortie des tambours sacrés, parcours rituel, kayessi et autres séquences qui constituent l’ossature traditionnelle de la Gaani.
Pour lui, les investissements dans les infrastructures et la modernisation de l’organisation doivent s’accompagner d’une vigilance particulière sur le contenu culturel et humain de l’événement.
C’est précisément sur ce terrain que se situe son plaidoyer en faveur des talents du septentrion.
Gaston Yamaro estime que la Gaani constitue une occasion exceptionnelle de donner davantage de visibilité aux artistes du Nord, notamment ceux qui, pendant des années, ont contribué à l’animation culturelle de leurs communautés sans bénéficier de la même exposition que les artistes du Sud.
« Il ne faudrait pas que pour la Gaani, on vienne faire la même chose à Nikki », prévient-il, en référence à la place accordée aux artistes originaires du septentrion lors de certains grands rendez-vous culturels organisés ailleurs au Bénin.
Pour lui, il ne s’agit nullement de défendre une logique régionaliste. Au contraire, l’enjeu serait de construire une programmation équilibrée, capable de promouvoir la diversité culturelle béninoise tout en donnant une place conséquente aux acteurs culturels de la région qui accueille la manifestation.
Car la Gaani n’est pas un simple spectacle. Elle est aussi une expression culturelle fortement enracinée dans son territoire. Dans cette perspective, les groupes traditionnels du septentrion devraient occuper une place centrale dans l’animation culturelle autour de la fête.
Mais le plaidoyer peut être élargi à d’autres catégories de professionnels souvent moins visibles : les présentateurs live, animateurs, journalistes culturels, speakers et maîtres de cérémonie du septentrion.
Ces professionnels disposent d’une connaissance fine des réalités culturelles, des codes sociaux, des expressions locales et des personnalités qui font la richesse de la région. Leur implication ne devrait donc pas être réduite à une présence symbolique. Ils peuvent contribuer à raconter la Gaani, à contextualiser ses différentes séquences, à assurer la médiation avec le public et à porter l’événement auprès des générations nouvelles.
Pour une manifestation qui ambitionne désormais une audience nationale et internationale, cette expertise locale constitue même un véritable capital culturel.
Valoriser un maître de cérémonie du septentrion, par exemple, ne signifie pas fermer la scène aux autres talents du pays. Cela signifie reconnaître que l’événement possède un territoire, une histoire et des codes qu’il est pertinent de faire raconter par ceux qui les maîtrisent.
Le même principe pourrait s’appliquer aux présentateurs des différentes scènes, aux animateurs des concerts, aux artistes invités, aux groupes traditionnels et aux créateurs de contenus issus de la région.
La nouvelle dimension de la Gaani pourrait ainsi devenir une véritable vitrine du talent septentrional, sans renoncer à l’ouverture nationale qui doit caractériser un grand rendez-vous culturel béninois.
Le message de Gaston Yamaro est donc moins celui d’un refus que celui d’un équilibre. L’ouverture au reste du pays doit être compatible avec la valorisation de ceux qui ont longtemps porté la manifestation à bout de bras.La Gaani peut devenir plus grande sans devenir étrangère à son propre territoire.
Et si l’État apporte désormais les moyens, les infrastructures et la puissance de communication nécessaires à son rayonnement, le défi sera aussi de faire en sorte que les artistes, présentateurs, animateurs, maîtres de cérémonie et autres professionnels du septentrion puissent bénéficier de cette nouvelle visibilité.
C’est peut-être là l’un des enjeux les plus importants de cette nouvelle étape : faire de la Gaani une fête nationale par son rayonnement, mais profondément enracinée dans son identité par ceux qui la racontent, l’animent et la font vivre.



