Le Palais des Congrès de Cotonou a servi, ce dimanche 24 mai, à l’ouverture officielle d’un nouveau chapitre politique au Bénin. Après sa prestation de serment devant les institutions de la République et un parterre d’invités et d’hommes d’État, diplomates et représentants d’organisations internationales, le nouveau Président béninois, Romuald WADAGNI, a prononcé un discours d’investiture dense, structuré autour de cinq piliers majeurs : la consolidation économique, la sécurité nationale, le renforcement social, la modernisation agricole et le repositionnement diplomatique du Bénin.
Dans une allocution au ton sobre mais ambitieux, le nouveau Chef de l’État a tenté de dessiner les contours d’un mandat placé sous le signe de la continuité réformatrice, tout en promettant une attention plus directe aux réalités quotidiennes des populations.
Dès les premières minutes de son intervention, Romuald Wadagni a inscrit son mandat dans l’héritage des réformes engagées ces dix dernières années sous le Président Patrice Talon. Il a salué « le courage des décisions difficiles » et « la constance des bâtisseurs » ayant permis au pays de retrouver « le chemin du développement ».
Le nouveau Président n’a pas seulement rendu hommage à son prédécesseur. Il a également évoqué les anciens chefs d’État du Renouveau démocratique, notamment Nicéphore Soglo, Mathieu Kérékou et Boni Yayi, insistant sur la nécessité de préserver la paix politique et institutionnelle qui caractérise le pays depuis 1990.
Mais au-delà de l’hommage institutionnel, le cœur du discours a surtout porté sur la nécessité de transformer les performances macroéconomiques en amélioration concrète des conditions de vie. Pour Romuald Wadagni, la croissance ne peut plus être uniquement une affaire de statistiques ou d’indicateurs internationaux. Elle doit désormais être perceptible « dans la vie ordinaire des populations ».
Le Président a multiplié les références à la vie quotidienne : accès aux soins, opportunités pour les jeunes, routes praticables pour les agriculteurs, eau potable, électricité et logement décent. Une manière de repositionner l’action publique autour de l’impact social des réformes économiques.
Cet accent mis sur l’économie sociale constitue l’un des tournants majeurs du discours. Longtemps identifié comme technocrate des finances publiques, Romuald Wadagni cherche désormais à projeter une image davantage orientée vers la redistribution des fruits de la croissance et l’inclusion sociale.
Les jeunes occupent d’ailleurs une place centrale dans cette vision. Dans un passage particulièrement applaudi, le nouveau Chef du Gouvernement a affirmé que « le Bénin croit en vous », promettant davantage d’opportunités économiques et professionnelles pour une jeunesse qui refuse « les fatalités anciennes ».
Derrière cette déclaration se profile l’un des défis majeurs du mandat : la création d’emplois durables dans un contexte de forte pression démographique et de chômage des diplômés.
Les femmes ont également bénéficié d’une attention particulière. Romuald Wadagni a annoncé un renforcement des mécanismes d’accès au financement, à la propriété, à la protection sociale et aux responsabilités publiques. Une orientation qui confirme la volonté affichée depuis plusieurs années par les autorités béninoises de promouvoir l’autonomisation économique féminine comme levier de croissance nationale.
Sur le volet sanitaire, le Président n’a pas détaillé de programme précis, mais son évocation de la difficulté pour certaines mères à faire soigner leurs enfants « sans craindre le coût des soins » laisse entrevoir une volonté de renforcer l’accessibilité aux services de santé. Dans un pays où les dépenses médicales demeurent un facteur important de vulnérabilité sociale, cette question pourrait rapidement devenir un marqueur politique majeur des sept prochaines années.
L’agriculture, autre secteur stratégique du discours, apparaît comme l’un des chantiers prioritaires du nouveau pouvoir. Romuald Wadagni a reconnu le rôle central des producteurs agricoles dans l’économie nationale et promis des mesures concrètes : mécanisation accrue, accès aux semences adaptées, financements agricoles, équipements de transformation et mise en place d’une protection sociale agricole.
Cette dernière annonce retient particulièrement l’attention. Elle traduit une volonté de moderniser le statut social des agriculteurs béninois, souvent exposés à une forte précarité malgré leur contribution essentielle à la sécurité alimentaire et aux exportations nationales.
Le chef de l’État semble vouloir faire évoluer le modèle agricole béninois d’une logique essentiellement productive vers une approche davantage structurée autour de la chaîne de valeur et de la transformation locale. Un enjeu majeur pour un pays qui cherche à réduire sa dépendance aux matières premières brutes et à créer davantage de valeur ajoutée sur son territoire.
Mais c’est probablement sur la question sécuritaire que le discours a pris son ton le plus grave. Face à la progression du terrorisme dans plusieurs pays de la sous-région, Romuald Wadagni a voulu afficher fermeté et détermination.
« Le Bénin ne cédera ni à la peur ni au relâchement », a-t-il déclaré, promettant la poursuite des investissements dans les forces de défense et de sécurité. Le président a cependant insisté sur une approche plus globale de la lutte contre l’extrémisme violent.
Selon lui, la sécurité ne peut être uniquement militaire. Elle doit aussi passer par le développement des services sociaux de base, la création d’opportunités économiques locales et le maintien de la présence effective de l’État sur l’ensemble du territoire national, notamment dans les zones vulnérables du nord du pays.
Cette doctrine sécuritaire marque une continuité avec les stratégies déjà engagées par le Bénin ces dernières années face aux menaces terroristes dans les régions frontalières du Burkina Faso et du Niger. Elle repose sur l’idée que la fragilité sociale peut devenir un terrain favorable à l’instabilité sécuritaire.
Sur le plan diplomatique, Romuald Wadagni a défendu une vision fondée sur la coopération régionale et le renforcement des solidarités africaines. Il a particulièrement insisté sur la nécessité d’une action collective face au terrorisme dans la sous-région ouest-africaine.
Le Nouveau Chef suprême des Armées a également réaffirmé son attachement à des partenariats internationaux « fondés sur le respect mutuel, la confiance et l’intérêt partagé ». Une manière de maintenir la ligne diplomatique d’ouverture du Bénin tout en revendiquant une plus grande affirmation stratégique africaine.
Dans un passage chargé de symboles, il a aussi adressé un message à la diaspora béninoise ainsi qu’aux descendants africains dispersés par la traite négrière, déclarant que « le Bénin sera toujours la maison du retour ». Une déclaration qui s’inscrit dans la continuité de la politique mémorielle et culturelle développée ces dernières années autour du tourisme historique et des liens avec les afro-descendants.
Au terme d’un discours mêlant hommage, continuité et projection, Romuald Wadagni a tenté d’installer l’image d’un Président à la fois gestionnaire, réformateur et rassembleur. Son défi sera désormais de transformer les engagements solennels du Palais des Congrès en résultats tangibles pour les populations.
Car si le nouveau Président hérite d’un pays économiquement plus structuré qu’il y a dix ans, il hérite également d’attentes sociales considérables. Entre aspirations de la jeunesse, impératifs sécuritaires, modernisation agricole et besoin de justice sociale, le chantier du nouveau septennat s’annonce vaste.
Une chose est certaine : en promettant de servir le Bénin « avec intégrité, courage et constance », Romuald Wadagni a officiellement donné le ton d’une présidence qui sera jugée autant sur sa capacité à préserver les acquis que sur son aptitude à rapprocher davantage la croissance des réalités quotidiennes des Béninois.



