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Parakou

Congrès Constitutif « Ti Tieta Ti Ba » : La Communauté Oubièlô se structure dans le Borgou et l’Alibori

Congrès Constitutif « Ti Tieta Ti Ba » : La Communauté Oubièlô se structure dans le Borgou et l’Alibori

Ce n’est pas un simple rassemblement. C’est un acte fondateur. Les filles et fils de la communauté Oubièlô résidant dans les départements du Borgou et de l’Alibori ont tenu ce samedi 16 mai 2026 au Lycée Mathieu Bouké de Parakou, leur tout premier congrès constitutif, sous la bannière de l’association Ti Tieta Ti Ba. Plus d’un millier de personnes ressortissantes de l’Atacora et la Donga ont répondu à l’appel, venues de tous les recoins des deux départements.

La journée de ce samedi a démarré par une marche symbolique qui a réuni plusieurs membres de la communauté venus de multiples localités. De la place Bio Guéra à la grande salle des fêtes du Lycée Mathieu Bouké, les participants ont défilé avec fierté, proposant en chemin des tableaux d’animation variés : danses, chants, démonstrations culturelles à l’image de la diversité des localités de résidence de la communauté.

Danseurs de corne, marche sur les artères de Parakou

À l’intérieur de la salle, l’atmosphère était à la fois festive et solennelle. Elus locaux, sages de la communauté, membres d’associations sœurs et simples ressortissants : le parterre d’invités traduisait l’ampleur du moment. La Fédération des Associations de Ressortissants de l’Atakora et de la Donga (FARAD) figurait parmi les associations sœurs ayant répondu présentes, venue apporter son soutien fraternel à la toute nouvelle structure. Le vice-président du bureau exécutif nouvellement installé, Émile Kombeti, a posé le diagnostic avec une franchise désarmante. « Nous avons constaté que nos pratiques s’effritent. Notre culture s’effrite. Nous oublions beaucoup de choses. Et nous nous sommes dit : ce n’est pas bon. » a-t-il- relevé

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La communauté Oubièlô, autrefois majoritairement implantée à Cobly, s’est progressivement dispersée vers Materi, Tanguiéta, Boukoumbé et même au-delà des frontières notamment auTogo, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Ghana, Nigeria. À l’intérieur du Bénin, le mouvement migratoire a conduit une partie significative de la communauté de l’Atacora vers le Borgou et l’Alibori, à la recherche de terres cultivables et de meilleures conditions de vie. Résultat, une diaspora interne dispersée, une identité culturelle qui s’érode, et des liens intergénérationnels qui se distendent. « Ti Tieta Ti Ba à travers cette nouvelle plateforme se veut précisément le ciment de cette identité en péril » a fait savoir Benjamin Douté un des pionniers de cette vaste mobilisation.

Entre cohabitation et tensions foncières : le vrai défi

Au-delà de la dimension culturelle, Émile Kombeti a abordé sans détour une réalité moins poétique mais tout aussi urgente : les tensions avec les communautés hôtes. « Nos hôtes nous ont bien reçus. Mais il nous arrive par moments et par endroits que nous nous écorchons. » relève-t-il.

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Dans le Borgou et l’Alibori, les Oubièlô cohabitent avec les Baatombu, les Peuls et d’autres communautés autochtones qui leur ont jadis cédé des terres. Avec le temps, certains exploitants ont développé leurs capacités agricoles, emblavant des superficies croissantes parfois au-delà de ce qui avait été initialement convenu. Une dynamique qui génère des frictions, des revendications, voire des expulsions. « On a souvent tendance à dire : je t’avais cédé cette terre, soit tu me rétrocèdes une bonne part, soit tu pars totalement. » illustre le leader associatif. Le message du vice-président à sa communauté est, à cet égard, empreint d’une sagesse pragmatique : « Faire profil bas. Avoir une sagesse adaptée à la situation. Ce sont nos hôtes, ce sont nos frères, ce sont nos sœurs. Petit à petit, l’harmonie va se créer. » declare-t-il  

Les sages prennent la parole

Fidèles à la tradition, des sages de la communauté ont répondu présents à l’invitation. Dépositaires de la mémoire collective, ils ont prodigué aux membres du bureau exécutif nouvellement installé des conseils et orientations, inscrivant ainsi le projet associatif dans la continuité d’une transmission intergénérationnelle vivante. Leur présence, plus que symbolique, est venue légitimer l’entreprise aux yeux de tous.

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Un bureau installé, une ambition claire

L’installation officielle du bureau exécutif constitue l’acte central de ce congrès. Ti Tieta Ti Ba se fixe une triple mission : préserver et valoriser le patrimoine culturel Oubiara, favoriser le vivre-ensemble avec les communautés hôtes du Borgou et de l’Alibori, et constituer un cadre de solidarité pour les ressortissants en situation de vulnérabilité. Une ambition à la hauteur des enjeux d’une époque où, comme le résume Émile Kombeti : « Chaque communauté a quelque chose à apporter dans le concert de la culture globale. »